chorégraphies
   
 

Ballet en trois actes d'après le conte de Charles Perrault.

   
 

Musique :
Serguei Prokoviev

Chorégraphie :
Ruldof Noureev



Costumes :
Petrika Ionesco

CENDRILLON FAIT DU CINEMA !

Quand Rudolf Noureev réalisa Cendrillon, le ballet, sur la musique de Prokofiev (1945) n’avait jamais encore fait l’objet de représentations à l’Opéra de Paris.

     
   

La création de Noureev (au Palais Garnier le 25 octobre 1986) ne fait référence à aucune chorégraphie précédente, mais tout en adaptant le conte, elle reste respectueuse du découpage de la partition et des intentions du compositeur.

Une ascension fulgurante, à l’américaine : A star is born !
Rudolf Noureev – avec la complicité du décorateur Petrika Ionesco – s’est amusé à transposer l’histoire de Cendrillon dans l’univers hollywoodien des années 30 : découverte par un producteur de cinéma, la modeste jeune fille, échappant à un père alcoolique et à une marâtre odieuse, fait ses débuts à l’écran, accrochant au passage le cœur de l’acteur-vedette.

Cette « mise en abyme » du ballet, les danseurs – à commencer par Noureev lui-même – ayant peu ou prou le même parcours que cette Cendrillon moderne, est aussi une formidable déclaration d’amour au cinéma et au spectacle, seuls capables de transfigurer les êtres, la danse, en particulier, parvenant à sublimer l’ordinaire.

Dans ses propres ballets, et même lorsqu’il emprunte à Petipa sujet et chorégraphie – tels qu’il les a reçus de la tradition du Kirov – Noureev infléchit le récit en l’enrichissant de résonances freudiennes. Ainsi retrouve-t-on dans Cendrillon plusieurs de ses thèmes de prédilection : le désir de s’évader de la dure réalité, le rêve initiatique, le réel qui rejoint l’imaginaire, l’art comme accomplissement du rêve devenu réalité.

CENDRILLON VUE PAR RUDOLF NOUREEV

Lorsque Petrika Ionesco m’a soufflé l’idée d’une Cendrillon hollywoodienne, j’ai commencé par être très réticent : je craignais une déformation abusive du conte de Perrault. Dois-je regretter que cette suggestion se soit insidieusement glissée dans ma tête, au point de ne plus me lâcher ? J’ai finalement dit oui, et aussitôt j’ai travaillé à la chorégraphie, en fonction de cette idée.

L’époque est celle des années 30 et 40. Celle d’un moment de la vie de Prokoviev, où rentré dans son pays, l’URSS, il éprouvait pour l’Occident une sourde nostalgie. Cendrillon n’est pas très russe. C’est même ce qu’il a fait de plus occidental. Non seulement la musique dicte le ton, mais les danses sont décalées par rapport au contexte. C’est ce décalage que nous avons voulu rendre, en transposant le conte dans l’univers du cinéma.

Cependant, dans cette version, la mécanique de l’histoire n’a pas changé. On y retrouve les deux sœurs ridicules et diaboliques, la terrible marâtre, le père tiraillé entre sa nouvelle femme et cette jeune fille – Cendrillon – sa fille, dont il sait bien qu’elle est maltraitée et doit, pour survivre, se réfugier dans le rêve d’une vie qui lui est interdite.

Tout le drame de Cendrillon, c’est la marche du temps, la peur de voir son rêve s’écrouler, son bonheur fuir avec sa jeunesse. C’est pour cela qu’elle se sauve au moment où l’amour la transfigure. Moi-même, je conçois la vie éternelle comme un luxe suprême !

Le ballet Cendrillon est devenu un rêve de cinéma. Un rêve de robe blanche, teintée d’un peu de rose pour rendre hommage à l’innocence, légèrement argentée aussi, parce que Cendrillon est un personnage d’aujourd’hui, elle ne rêve qu’à une chose : devenir star. Dans ma version de Cendrillon, la fée s’est alors métamorphosée en producteur de cinéma, seul personnage de la mythologie moderne capable, par la magie de son art, de transformer une citrouille en carrosserie de voiture. » Rudolf Noureev – 1986

J.L.B.