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NOUREEV FAIT DECOUVRIR LA SCENE DES OMBRES AU PUBLIC PARISIEN
Comme la plupart des ballets de Marius Petipa, La Bayadère est restée lontemps inconnu des Occidentaux, le « rideau de fer » des années 50 ayant stoppé les échanges culturels.
La révélation arriva en 1961, avec la tournée du Ballet du Théâtre Kirov à Paris, puis à Londres.
C’est au Palais Garnier que l’Acte III de La Bayadère (la « Scène des Ombres ») a déroulé pour la première fois sa procession hypnotisante de 32 bayadères en tutus et voiles blancs – devenues fantômes (ombres) – et descendant lentement, une à une, en une série d’arabesques penchées, un plan incliné symbolisant leur apparition depuis l’au-delà.
« Ce cortège développe sa ligne sinueuse sur le sol, avant d’arriver à son terme sur quatre rangées parallèle : un effet impressionnant, réalisé avec une grande économie de moyens. Ce sont, là, les débuts du ballet symphonique » écrit Vera Krassovskaïa, historienne de la danse en Russie
Ce « ballet symphonique », l’accord parfait entre la musique et la danse, de façon presqu’abstraite, « graphique » (visant les lignes et les déplacements des groupes, dans la gestion géométrique de l’espace), Marius Petipa s’efforcera – toute sa vie – de le réaliser (le "jardin enchanté" dans Le Corsaire/1868, la scène des Dryades dans Don Quichotte/1869, la « vision » d’Aurore à l’Acte II de La Belle au bois dormant/1890, la valse des flocons de neige à la fin du l’Acte I de Casse-Noisette/1892 – avec la collaboration de Lev Ivanov – les Actes II et IV du Lac des cygnes/1895 – toujours avec Ivanov, la valse fantastique à l’Acte I de Raymonda/1898)
Il sera suivi en cela par George Balanchine (1904 – 1893) traduisant par le seul mouvement de la musique que l’on entend. Un certain nombre de chorégraphes contemporains reconnaissent aussi, dans cette « Scène des Ombres », l’annonce de leurs recherches « minimalistes » (le ballet Dance de Luncinda Childs – obessionnellement identique et pourtant sans cesse changeant – sur la musique « répétitive » de Philip Glass en semble l’exemple/1979). J.L.B.
* A part La Belle au bois dormant par l’entremise des « Ballets Russes » de Serge Diaghilev à Londres (1921) et quelques extraits du Lac des cygnes (l’Acte II), remontés à l’Opéra de Paris par Serge Lifar en 1936 et Victor Gsovsky en 1946 (cf La Belle cd Le Lac)
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