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RUDOLF NOUREEV ET "LA BELLE AU BOIS DORMANT"...
"Quand je faisais mes premiers pas à Oufa, mon maître à danser - qui avait appartenu au Kirov - me disait toujours que La Belle au bois dormant était le "ballet des ballets". Et j'en étais gourmand à l'avance. Le Kirov, plus tard, m'a fait découvrir la splendeur du festin.
La Belle au bois dormant de Tchaikovski et de Marius Petipa représente en effet l'apogée du ballet classique : la danse s'affirme alors comme art majeur. Et cela constitue un événement historique : après La Belle, le ballet a pu attirer à lui les plus grands compositeurs qui n'ont pas hésité à travailler avec les chorégraphes.
Je crois que chaque danseur devrait prier le matin devant trois icônes : Tchaikovski - Dieu le Père, Prokoviev - le Fils, et Stravinski - le Saint-Esprit.
Ce sont les trois musiciens qui ont donné naissance aux oeuvres les plus importantes et les plus audacieuses du répertoire du ballet.
Aujourd'hui, La Belle demeure pour moi l'accomplissement parfait de la danse symphonique. Elle exige du chorégraphe de trouver l'harmonie avec la partition de Tchaikovski. Avec La Belle, il ne s'agit pas de créer un événement sans lendemain, mais de produire un spectacle curable, qui maintienne l'excellence d'une compagnie." Rudolf Noureev (propos recueillis en 1989).
NOUREEV, CHOREGRAPHE DE "LA BELLE" : 4 VERSIONS
Le royaume de Florestan n'est pas une fantaisie bon enfant, mais une Cour avec son étiquette, ses rituels où l'on sent la lourdeur du pouvoir. La féerie gentille du conte cède la place à une fable réaliste, où des forces antagonistes (Carabosse et la Fée des Lilas) se disputent le sort de deux jeunes gens.
Carabosse apparait même sous les traits d'une femme sophistiquée (qui tire son arme - l'aiguille fatale pour Aurore - du chignon de sa perruque), tandis que la Fée des Lilas joue les jeunes aristocrates libérales.
Cette version - présentée en 1966 à la Scala de Milan, dansée par Carla Fracci et Noureev lui-même -sera ensuite remontée au Ballet National du Canada en 1972 (avec Véronica Tennant), toujours dans des décors et costumes de Nicholas Giogiadis. Noureev y donne notamment un rôle plus élaboré au Prince, mais garde la chorégraphie de Petipa pour les variations dévolues aux danseuses.
Rudolf Noureev remontera encore La Belle au London Festival Ballet en 1975 (avec Eva Evdokimova et Patricia Ruanne, en alternance) et pour l'Opéra de Vienne en 1980. Enfin pour l'Opéra de Paris en 1989.
J.L.B.
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National Ballet of Canada - 1972 |