| |
|
LE LAC DES CYGNES VU PAR RUDOLF NOUREEV...
"Le Lac des cygnes est pour moi une longue rêverie du prince Siegfried. Celui-ci nourri de lectures romantiques qui ont exalté sont désir d'infini, refuse la réalité du pouvoir et du mariage, que lui imposent son précepteur et sa mère.
C'est lui qui - pour échapper au morne destin qu'on lui prépare - fait entrer dans sa vie la vision du lac, cet "ailleurs" auquel il aspire. Un amour idéalisé naît dans sa tête, avec l'interdit qu'il représente. (Le cygne blanc est la femme intouchable. Le cygne noir en est le miroir inversé, tout comme le maléfique Rothbart est la transposition pervertie de Wolfgang, le précepteur).
Aussi quand le rêve s'évanouit, la raison du prince ne saurait y survivre."
LE LAC DE NOUREEV
Le thème de l’eau, déjà omniprésent dans l’univers du ballet – comme élément de métamorphose, de purification et de régénérescence – ne pouvait qu’attirer Noureev-chorégraphe, dont les héros et héroïnes cherchent à échapper à leur condition, leur entourage, leur monde clos et étouffant, pour s’évader vers des « ailleurs » souvent imaginaires.
Le Lac des cygnes (avec cet amour du prince pour une jeune fille-oiseau, créature poétique et iréelle) est un sujet fantastique, porteur de nombreuses interprétations symboliques et psychologiques.
Si, dans la version Petipa/Ivanov transmise par la tradition russe, l’intérêt chorégraphique et dramatique est centré sur la ballerine qui a un double personnage à jouer et à danser (Odette, cygne blanc-vitrine lyrique, et Odile, Cygne noir-dangereuse séductrice), le prince étant réduit à devenir l’instrument de la fatalité, Noureev va renverser la situation.
Déjà, invité lors de sa première saison au Royal Ballet de Londres à danser le rôle de Siegfried (Juin 1962) dans la production revue par Ninette de Valois et Frederick Ashton, Noureev se permet d’introduire – à la fin de l’Acte I – une variation nouvelle (chorégraphiée sur l’andante sostenuto qui, dans la partition, précède le pas de trois et que l’on a l’habitude de couper) : ce solo mélancolique et rêveur exprimant l’aspiration de Siegfried à un monde idéal fut jugé si beau que le Royal Ballet l’a gardé dans les diverses versions du Lac qui se sont succédées depuis.
Quand Noureev entreprend sa propre version de l’ouvrage intégral (en octobre 1964 à l’Opéra de Vienne), il étoffe chorégraphiquement le rôle du Prince et surtout développe sa psychologie : par des fantasmes qui l’entraînent à sa perte, en courant éperdument après l’illusion d’une femme-cygne.
« Rudolf Noureev – le charismatique danseur - a créé, en tant que chorégraphie, un Lac des cygnes qui, contrairement aux mises en scènes précédentes, donne le Prince comme personnage-clef de l’action dramatique : d’abord triste, en proie au « spleen », puis amoureux, ensuite trompé et finissant anéanti. (Le dénouement en effet ne saurait être que tragique : Rothbart déclenchant une terrible tempête qui engloutit Siegfried dans les flots).
Pour la représentation de son Lac à l’Opéra de Paris (décembre 1984) Rudolf Noureev va plus loin encore...
|
|
|