Mikhail Fokine, né à Saint-Pétersbourg le 26 mars 1880, doit sa renommé à Serge de Diaghilev comme celui ci doit à Fokine le triomphe de ses premières Saisons Russes à Paris. Entré à 9 ans à l’Ecole Impérial de Danse, Fokine se fit vite remarquer pour ses dons précoces en danse, mime, musique et peinture. En 1898 il est engagé par le Ballet Impérial au Théâtre Maryinski où on lui confie immédiatement des rôles de soliste. Premier partenaire d’Anna Pavlova, sa cadette d’un an, il compose pour elle en une journée, à l’occasion d’un gala de charité en 1907, « La Mort du Cygne » le plus célèbre solo jamais conçu pour une danseuse..
Fokine a également réglé quelques ballets pour les élèves de l’Ecole du Théâtre Maryinski où il fut nommé professeur à 22 ans, quand on lui demande en 1907 de créer pour le Ballet Impérial « Le Pavillon d’Armide » et l’année suivante « Chopiniana », première version des « Sylphides ». Serge de Diaghilev le remarque et décide de lui confier toutes les chorégraphies de sa première « Saison Russe » de ballets au Théâtre du Châtelet en 1909. Le succès remporté par « Le Pavillon d’Armide » « Les Sylphides » « Cléopâtre » et « Les Danses polovtsiennes du Prince Igor » est foudroyant. Dès lors Fokine chorégraphie les plus grands succès des Ballets Russes de Serge de Diaghilev, dont « L’Oiseau de feu » « Shéhérazade » « Le Spectre de la Rose » « Pétrouchka » et « Le Dieu bleu » , tous dansés par Nijinski l’ idole des foules.
Après s’être brouillé avec Diaghilev en 1914, Mikhail Fokine poursuit sa carrière de Monte-Carlo à New York où il se fixe en 1923 jusqu’à sa mort en 1942.
Cet immense chorégraphe laisse plus de soixante ballets, dont dix chefs d’¦uvre immortels conçus pour les Ballet Russes entre 1909 et 1914, ses cinq plus brillantes années, comme Nijinsky pour qui il créa ses plus beaux rôles.
Rompant avec la tradition des ballets en trois actes de Petipa, Fokine a révolutionné l’histoire de la danse.
Répondant à l’attente de Diaghilev, il propose des soirées composées de trois ou quatre ouvrages différents, et attache une grande importance à la qualité des musiques (principalement russes), des décors et des costumes (signés Bakst, Roerich ou Benois). Son inspiration très variée lui dicte des ballets romantiques (« Les Sylphides », « Le Spectre de la Rose », « Papillons »), ou tirés de contes populaires russes (« Petrouchka », « Le Prince Igor » « L’Oiseau de feu »), teintés d’un orientalisme sensuel et fastueux (« Shéhérazade ») puisant également ses sources dans l’Antiquité, la mythologie ou de la Bible (« Cléopâtre », « Daphnis et Chloé » « La Légende de Joseph »).
Son style se distingue par une grande liberté corporelle (en rupture avec le rigide et brillant vocabulaire académique du XIX ème siècle), sans règles strictes, privilégiant toujours un jeu expressif lié au caractère du personnage et de la musique. Rudolf Noureev, qui ne pouvait rester indifférent à des rôles si proches de sa sensibilité russe et de sa sensualité tatare, a inscrit à son répertoire cinq chefs d’oeuvre de Fokine.
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« LE SPECTRE DE LA ROSE »
Musique de Weber (« L’Invitation à la valse » orchestrée par Berlioz). Création le 19 avril 1911 à l’Opéra de Monte-Carlo par Tamara Karsavina et Vaslaw Nijinski. Livret de Jean-Louis Vaudoyer d’après un poème de Théophile Gautier. Décors et costumes de Léon Bakst.
Au retour d’un bal, une jeune fille respire le parfum d’une rose qu’un galant cavalier lui a offert en souvenir de cette soirée . La belle s’endort dans un fauteuil et rêve que la rose se transforme en un jeune et beau Spectre amoureux, à l’image de son cavalier, mais entièrement vêtu de pétales de rose. Après avoir délicatement tournoyé autour d’elle et esquissé un dernier tour de valse à son bras, le Spectre sort comme il était entré, par la fenêtre en un bond d’une hauteur et d’une légèreté qui stupéfia le public lorsque Nijinski dansa le rôle à Paris. La jeune fille se réveille alors, perdant ses illusions à la vue de la rose tombée à ses pieds pendant son sommeil.
« Le Spectre de la Rose » est l’un des tout premiers ballets dansé par Rudolf Noureev après son évasion au Bourget. C’est pour la télévision allemande que Pierre Lacotte lui apprit le rôle juste avant le tournage en 1961 à Francfort. Noureev ne le dansa sur scène qu’en 1979 à New York, mais 24 fois, lors d’un hommage à Diaghilev avec le Joffrey Ballet. Il l’interprétera la même année avec Margot Fonteyn et le London Festival Ballet au Coliseum de Londres, puis de nouveau aux Etats Unis avec le Joffrey Ballet. Il le donna pour la première fois à Paris le 20 février 1981 pour un Gala Privé organisé par Yves Saint-Laurent à l’Opéra Comique, puis au Théâtre du Châtelet 9 fois en janvier 1982. C’est un ouvrage qu’il inscrivit très souvent à son programme, principalement avec le Ballet de Nancy dans toute l’ Amérique Latine, à Londres et au Japon (en 1984).
C’est dans cet ouvrage qu’il dansa pour la dernière fois avec Margot Fonteyn, le 23 juin 1979, mettant un point final à l’harmonie d’un couple de légende pendant 17 ans. Margot Fonteyn, âgée de 60 ans, décida au dernier moment de remonter ce soir là pour une ultime fois sur scène. Noureev lui même incarna pour la dernière fois le Spectre le 29 août 1987 au Coliseum de Londres avec le Ballet de Nancy
« LES SYLPHIDES »
Musique de Chopin orchestrée par Glazounov et Keller. Décors et argument d’Alexandre Benois. Création le 2 juin 1909 au Théâtre du Châtelet par Anna Pavlova et Vaslaw Nijinski.
Simple rêverie inspirée par quelques pièces pour piano de Chopin, ce ballet en un acte met en scène un Poète, en justaucorps de velours noir, col et manchettes blanches, au milieu d’un essaim de blanches créatures aux ailes de papillon, dans un climat romantique et nocturne inspiré tout à la fois des second actes de « Giselle » et de « La Sylphide ». Le Poète intervient dans un Nocturne avec trois solistes, en solo dans une Mazurka, et en duo dans un grand Adage sur une Valse avec l’étoile principale avant le finale qui réunit le Poète et toutes les sylphides sur la Grande Valse Op.18.
C’est peu après ses débuts à Londres avec Margot Fonteyn que Rudolf Noureev a incarné pour la première fois le Poète, le 3 mai 1962 au Royal Ballet avec Yvette Chauviré. En novembre il le dansait avec Margot Fonteyn ainsi qu’en 1963 à Londres et New York . Tous deux furent filmés par la télévision britannique dans un programme en couleurs intitulé « An Evening with the Royal Ballet ». Noureev a repris ce rôle un peu partout dans le monde, notamment à l’Opéra de Paris en décembre 1973 avec Noëlla Pontois au cours d’un Hommage à Diaghilev ( où il dansait également « Petrouchka » avec Yvette Chauviré puis Jacqueline Rayet et « Apollon Musagète » de Balanchine), en tournée au Canada en 1973 et 74, de nouveau avec Margot Fonteyn (puis Natalia Makarova et Lynn Seymour) au Coliseum de Londres en 1977, et pour la dernière fois, le 13 juillet 1982 avec Evelyne Desutter aux Arènes de Macerata (avec « Le Spectre de la Rose ») .
« LES DANSES POLOVTSIENNES »
Extraites de l’opéra « LE PRINCE IGOR » musique de Borodine. Création du ballet de Fokine le 19 mai 1909 au Théâtre du Châtelet, dans les décors et costumes de Nicholas Roerich avec Adolph Bolm dans le rôle du chef des guerriers.
Au second acte, pour distraire le prince Igor, son prisonnier, le Khan Kontchak, lui offre un divertissement dansé par ses plus belles esclaves et ses plus vaillantes guerriers polovtsiens.
Rudolf Noureev a peu dansé le rôle, bref mais fougueux, du chef des guerriers après ses débuts dans l’ouvrage en 1962 avec le Royal Ballet. Il l’a donné en octobre 1981à Bari avec « Le Spectre de la Rose » « Les Sylphides » et « L’Après midi d’un Faune », puis à Cannes (avec « Petrouchka » et le Ballet de Nancy) le 31 décembre 1981 et les Ier et 2 janvier 1982.
« PETROUCHKA »
Musique de Stravinski, livret de Stravinski et Alexandre Benois, également auteur des décors et costumes. Crée le 13 juin 1911 au Théâtre du Châtelet, par Nijinski, Karsavina, Orlov et Cecchetti.
L’action se situe en 1830 à Saint-Pétersbourg pendant les fêtes de Mardi Gras. Un vieux charlatan attire la foule vers sa baraque foraine où d’un coup de baguette il donne vie à trois marionnettes : le timide Petrouchka amoureux de la Poupée, une coquette qui lui préfère un Maure stupide. Petrouchka souffre de n’être qu’un simple pantin qui ne peut exprimer son amour comme un humain. Il se révolte contre son rival qui, furieux, le poursuit et lui fend le crane d’un coup de cimeterre au grand effroi de la foule. Le vieux charlatan rassure le public en montrant que Petrouchka n’est qu’un pantin de chiffon. Il le traîne comme un mort, lorsque épouvanté il voit Petrouchka (ou son l’âme, l’âme du peuple russe ?) le narguer au dessus de la baraque, avant de s’effondrer pitoyablement en se balançant dans le vide, sans vie. Héros populaire comme Pierrot en France, Petrouchka touche le public par sa sensibilité, son amour malheureux et le sentiment de sa condition qui le désespère, manipulé par un charlatan, qui l’oblige à jouer ce triste rôle.
Rudolf Noureev a dansé pour la première fois le rôle de Petrouchka, le 24 octobre 1963 avec le Royal Ballet. Ce personnage populaire russe, qu’il marque de sa forte personnalité, compte parmi ses plus émouvantes compositions. On n’oubliera pas l’image expressive de ses mains gantées serrant son visage pathétique, maquillé de blanc, sous un bonnet de pitre. Il le dansera tout au long de sa carrière, dans le monde entier, notamment à l’Opéra de Paris en 1972, 73 et 75, avec Noëlla Pontois et Charles Jude (Yves-André Hubert les filmera pour Antenne 2 qui diffusera le ballet le 27 décembre 1976)) puis à New-York et Chicago avec le Joffrey Ballet, en 1979 et 1980, dansant au même programme en hommage à Diaghilev « Le Spectre de la Rose » de Fokine et « L’Après midi d’un Faune » de Nijinski, (le spectacle sera intégralement filmé à Nashville en 1980). Rudolf Noureev effectuera de longues tournées avec ce même programme et le Ballet de Nancy, en 1982, notamment au Théâtre du Châtelet là où le ballet fut crée par Nijinski- puis à Florence et Londres, dans toute l’Amérique Latine en 1983, à Nancy en 1984 et 1986, au Festival d’Edimbourg en 1987 etcŠRudolf Noureev a incarné Petrouchka pour la dernière fois à Naples avec le Ballet du San Carlo le 15 décembre 1990.
« SHEHERAZADE »
Ballet en un acte sur la musique de Rimski-Korsakov. Livret (d’après un conte des « Mille et une nuit »), décors et costumes d’Alexandre Benois. Crée par Ida Rubinstein, Vaslaw Nijinski, Enrico Cecchetti et les Ballets Russes de Serge de Diaghilev le 4 juin 1910 à l’Opéra de Paris.
Persuadé par son frère, le shah Zeman, que son esclave favorite, la belle Zobeide le trompe en son absence, le shah Shahryar feint de partir à la chasse. A peine éloigné, les femmes du harem persuadent le chef des Enuques d’ouvrir les grilles aux beaux esclaves captifs pour se livrer avec eux aux plaisirs de l’amour. Le plus magnifique d’entre tous , l’Esclave d’Or, captive Zobeide qui ne résiste pas à ses étreintes passionnés. Le shah Shahryar surgit au plus fort de l’orgie, et ordonne de massacrer esclaves et favorites. Il hésite à condamner Zobeide qui implore son pardon, mais qui voyant ses efforts vains, préfère se poignarder aux pieds de son maître, plutôt que d’être honteusement tuée comme ses compagnes. Le ballet fit sensation pour la beauté orientale des décors et costumes de Benois, qui eut alors une influence énorme sur les modes et l’art décoratif à Paris en 1910.
L’Esclave d’Or est le dernier personnage de Fokine que Noureev inscrivit à son répertoire, en 1978 au Met de New-York avec le London Festival Ballet. Il le dansera encore à Washington et Londres l’année suivante. Curieusement il reprendra douze ans plus tard ce rôle tout en sensualité, pour un unique gala télévisé le 31 décembre 1991 à Vienne. Ce sera l’une de ses toutes dernières apparitions sur scène avant sa mort, car il ne dansera plus que quatre fois, terminant sa carrière le 29 février 1992, incarnant la Fée Carabosse à l’occasion de l’entrée au répertoire de « La Belle au Bois Dormant » à l’Opéra de Berlin dans sa propre production.
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