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Giselle ballet dansé par Noureev

Noureev fit ses débuts en 1959 dans le rôle d'Albrecht

Rudolf Noureev - Giselle - © Michael Peto - 1962

Deux mois après avoir stupéfié le public du Kirov en exécutant un manège de doubles tours assemblés dans « La Bayadère » , ce qu’aucun danseur n’avait tenté jusqu’alors, Rudolf Noureev remportait le plus grand succès de sa brève carrière en URSS, en débutant à 21 ans dans le rôle d’Albrecht de « Giselle » le 12 décembre 1959 aux côtés d’Irina Kolpakova.

A l’opposé de Konstantin Sergueev qui avait établi la tradition soviétique d’un prince frivole, s’amusant avec une petite paysanne dont il faisait peu cas, Noureev apparut en amant sincère et ardent du début à la fin du ballet, bouleversé par la folie et la mort de Giselle. Il émut le public par son désespoir sincère, et la noblesse de son jeu. Ses amis furent stupéfaits de la métamorphose de ce jeune tatar d’humble origine en prince racé, comme si un sang royal coulait dans ses veines. C’est à l’ occasion d’un gala de charité qu’elle organisait à Covent Garden en février 1962, que Margot Fonteyn, sur le point de prendre sa retraite, invita le jeune transfuge dont tout le monde parlait, pour interpréter le rôle d’Albrecht. Charmé par le jeune garçon elle décida d’interpréter elle même une dernière fois le rôle de Giselle. Elle ne se doutait pas qu’ils allaient former pendant deux décennies le plus célèbre couple de la danse. Stimulée par l’ardeur de ce jeune loup de près de vingt ans son cadet, Margot Fonteyn n’eut plus qu’un désir : continuer de danser et d’apprendre de nouveaux rôles avec Noureev qu’elle imposa au Royal Ballet. Leur « Giselle » restera un sommet d’émotion, et les extraits filmés de ces premières représentations londoniennes trahissent une infinie tendresse entre les deux artistes, entre un Albrecht passionné et une Giselle profondément émue par ce jeune homme qui lui redonnait vie. La scène finale de Noureev, croyant encore presser la main de Giselle sur son visage, est poignante, la beauté du jeune homme à couper le souffle. Comment oublier également la démarche sensuelle et féline de Noureev, lorsqu’il interpréta le ballet avec Margot Fonteyn et l’Australian Ballet au Palais des Sports à Paris en 1965. Noureev avait une façon unique de marcher en scène, et c’était un régal de le voir remonter jusqu’au fond du plateau avant d’attaquer une variation, ou lorsqu’il courait en déployant sa large cape de velours. Avec l’âge et l’expérience Noureev apporta, comme à tous ses rôles de prince, plus de gravité et d’épaisseur au rôle d’Albrecht, qu’il maintint régulièrement à son répertoire.

R.S.

 

 Musique : Adolphe Adam

 Chorégraphie : Jean Coralli, Jules Perrot, Marius Petipa