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La Bayadère ballet chorégraphié par Noureev

“La Bayadère était plus qu’un ballet pour Nureyev et tous ceux qui l’entouraient. C’est l’idée que j’en retiens – que quelqu’un qui s’approche de la mort, qu’il est mourant, et qu’au lieu de disparaître, il nous a donné ce merveilleux ballet” - Laurent Hilaire
 

Un ballet de 1877 transmis par la tradition

Grand ballet en 1877 au Grand Théâtre de Saint-Pétersbourg, et connut d’emblée le succès, l’une des réussites les plus importantes du chorégraphe français – installé en Russie – avant ses productions de La Belle au bois dormant  (1890) et du Lac des cygnes  (1895).

L’action avait de quoi séduire les spectateurs par son parfum exotique, l’Inde mystérieuse servant de toile de fond aux amours contrariées de la danseuse sacrée Nikiya et du guerrier Solor.

Ce ballet était encore inconnu du public occidental quand la troupe du Kirov de Leningrad vint donner pour la première fois en 1961 le Royaume des Ombres à Paris, au Palais Garnier, avec un Rudolf Noureev de 23 ans, qui fit sensation.

Jusqu'en 1961, lors de la tournée de la troupe du Kirov à Paris qui dansa "le Royaume des Ombres", ce ballet était encore inconnu.

Par la suite, c’est seulement cette scène des Ombres, extraite de l’Acte III, que l’on présenta en Europe. Rudolf Noureev la monta d’abord pour le Royal Ballet de Londres en 1963, et – à l’invitation de Rolf Liebermann – pour le Ballet de l’Opéra de Paris en 1974.

La version de La Bayadère  qui est toujours dansée au Kirov (redevenu aujourd’hui Théâtre Mariinski de St-Pétersbourg) a été transmise par la tradition, à laquelle le temps a apporté quelques modifications, concernant notamment le rôle masculin. Elle se réfère principalement à la chorégraphie revue par Vakhtang Tchaboukiani et Vladimir Ponomarev en 1941.

La version de Rudolf Noureev créée à l’Opéra de Paris (1992)


Après Natalia Makarova, qui a réglé sa propre version (avec des musiques additives au dernier acte) pour l’American Ballet Theatre à New York, en 1980, et Iouri Grigorovitch, qui a monté une Bayadère  fidèle à la tradition pour le Bolchoï de Moscou en 1991, la production de Rudolf Noureev – qui nourrissait depuis longtemps, le projet de revenir aux sources (les notes de Petipa et la musique originale de Minkus) – aura été la première version en trois actes de La Bayadère, dansée à Paris.

Le 8 Octobre 1992 avait lieu la création au Palais Garnier de La Bayadère, ballet en trois actes de Rudolf Noureev, assisté de Ninel Kourgapkina qui fut sa partenaire au Théâtre Kirov, de Patrice Bart, maître de ballet et Patricia Ruanne, ainsi que d’Aleth Francillon.
Dans cette version, Rudolf Noureev revient à la partition et à l’orchestration originale de Minkus, augmentée de quelques mesures de liaison, composées par John Lanchbery.
Faute de pouvoir créer (pour des raisons techniques, et aussi en raison de sa maladie) un quatrième acte selon Petipa (l’écroulement du temple, manifestation de la colère des dieux pour venger la mort de la bayadère), la musique originale de Minkus et la chorégraphie en ayant été perdue depuis 1919, Rudolf Noureev conclut son ballet sur l’acte des Ombres (entièrement de Petipa – à l’exception donc de l’entrée et de la variation de Solor).

Les deux premiers actes ont été remontés dans leur intégralité par Noureev, en se référant à la version du Kirov : on retrouvera alors la danse des poignards des fakirs, à l’acte I, l’adage (Nikiya et un esclave) rajouté à l’acte I par Konstantin Sergueev en 1954 pour Natalia Doudinskayïa sur une musique empruntée à La Esmeralda (Cesare Pugni), celle des éventails et des perroquets à l’acte II, l’intervention des négrillons, les danses « Manou » et « indienne », la variation de Solor (II n°13) et le pas d’action (pas de six) ramené au second acte par Tchaboukiani (II n° 10-11-12), la variation de l’Idole dorée du deuxième acte chorégraphiée par Nikolaï Zoubkovski en 1948 et la coda de Nikiya avec la corbeille de fleurs.

La production de La Bayadère par Noureev réalise ainsi une sorte de synthèse de la transmission du ballet à travers plusieurs générations, l’original de Petipa s’étant enrichi de révisions successives et des ajouts apportés par les danseurs et chorégraphes du Kirov/Mariinski, durant un peu plus d’un siècle.
Selon son habitude, Noureev a aussi « mis sa patte », en chorégraphiant quelques scènes qui n’étaient que pantomime, comme celle de Solor fumant le narguilé et rêvant dans sa chambre amenant la « vision » des Ombres à l’acte III (solo avec cape). Il a aussi créé des danses pour les amis de Solor (à l’acte I, chez le Rajah), réduits précédemment à n’être que de simples figurants. J.L.B.

Elle aura été aussi l’ultime tâche d’une vie tout entière consacrée à la danse : Rudolf Noureev – malgré la maladie – a travaillé à la mise en scène et aux répétitions de cet ouvrage, jusqu’à la « première », le 8 octobre 1992 au Palais Garnier.

DERNIERS FEUX
Après les rappels ovationnant les solistes, le corps de ballet, et le chef d’orchestre, le rideau s’est levé à nouveau. Cette fois, Rudolf Noureev était là, en habit, une écharpe rouge sur l’épaule, saluant entre Isabelle Guérin et Laurent Hilaire, avec à son côté Elisabeth Platel. Le public a marqué un silence : hésitation, silence et respect devant cet homme courageux et fier, amaigri mais debout, défiant la maladie. La salle s’est levée d’un bond et a éclaté en applaudissements.
On comprit qu’on le voyait pour la dernière fois. Triomphe rempli d’émotion qui rendait hommage non seulement à un beau spectacle, mais au destin d’un homme qui «bouclait la boucle » : apparu en mai 1961 sur cette même scène du Palais Garnier dans la « Scène des Ombres » de La Bayadère, il nous quittait sur sa propre production des trois actes de La Bayadère, comme un testament légué au Ballet de l’Opéra de Paris.

Ensuite, sur le plateau, rideau fermé, et en privé, mais devant les danseurs, Jack Lang, ministre de la Culture, l’honorait des insignes de Ocmmandeur des Arts et Lettres (le Président Mitterrand l’avait décoré de la Légion d’honneur en 1988). Noureev, assis là, dans un fauteuil à haut dossier, un bonnet chamarré sur la tête, faisait songer à quelque Molière, continuant – malgré le mal qu’il sentait l’envahir – à jouer son rôle. Et comme Jean-Baptiste Poquelin criant « juro » à la fin du Malade imaginaire (ironie cruelle !) Noureev pouvait, lui aussi jurer avoir donné sa vie au théâtre, parce que la vie du théâtre est plus intense que la réalité : « La vraie vie, c’est quand je suis sur scène » répétait-il.
J.L.B.

> A la suite de cette Bayadère de Rudolf Noureev – actuellement dansée exclusivement par le Ballet de l’Opéra de Paris – il convient d’associer les somptueux décors d’Ezio Frigerio et les costumes riches et décorés de Franca Squarciapino, évocateurs d’une Inde rêvée par les «orientalistes» du XIXè siècle.

La création pour le Ballet de l’Opéra de Paris a eu lieu le 8 octobre 1992 sur la scène du Palais Garnier.

Distribution de la « première » :
Isabelle Guérin – Nikiya, la bayadère
Laurent Hilaire – Solor
Elisabeth Platel – Gamzatti, la fille du Rajah
Jean-Marie Didière – le Rajah
Francis Malovik – le Grand Brahmane
Wilfried Romoli – l’Idole dorée
Lionel Delanoë – le Fakir
Sandrine Marache – la danse « Manou »
Nicolas Le Riche – l’esclave de l’adage avec Nikiya à l’Acte I/2e tableau
Karin Averty, Clotilde Vayer, Fanny Gaïda – les 3 Ombres.

Quinze premières représentations en furent données du 8 au 31 octobre 1992.

Reprise en janvier 1993 et mai 1994 au Palais Garnier, La Bayadère  a été présentée à Bastille en juin/juillet 1994, en décembre 1995/janvier 1996, et en décembre 1998/janvier 1999. Le Ballet de l’Opéra a également dansé  La Bayadère en tournée à Barcelone, Washington et Athènes (1993), à New York (1996), à Manchester (2000) et dernièrement, à San Francisco et Los Angeles ((avril/mai 2001). Les plus récentes représentations remontent à novembre, décembre 2001 et janvier 2002 à Bastille.

 

Musique : Ludwig Minkus

Chorégraphie : Ruldof Noureev d'après Marius Petipa

Décors : Ezio Frigerio

En savoir plus Noureev avait essayé de persuader Dame Ninette de Valois de présenter le ballet entier à Covent Garden, mais cela ne s’est pas fait, et quand le Royal Ballet a finalement produit une Bayadère en trois actes, ce fut en 1989, pour adopter la version très remaniée de Natalia Makarova. Par conséquent, c’est pour l’Opéra de Paris que Noureev a, enfin, remonté «sa» Bayadère.

LE QUATRIEME ACTE RESSUCITE...
C’est dans ces années du début du XX è siècle que le régisseur du Théâtre Marie, Nicolas Sergueev a « noté » les ballets de Petipa. Précieux documents qu’il a confiés, dans son exil, à la Bibliothèque de l’université américaine. dernier acte de La Bayadère (célébrant le mariage de Solor et de Gamzattià prenait l’ampleur d’une cérémonie religieuse, avec un « pas des fleurs de lotus » dansé par des enfants et un « Grand pas » de Solor et Gamzatti, que venait troubler le fantôme de Nikiya, union maudite que punissait l’croulement du temple, engloutissant l’assistance sous des monceaux de pierres. Cet effet grandiose sollicitait une machinerie importante. Par manque de techniciens (le personnel masculin du Théâtre Marie ayant été mobilisé par la guerre et la Révolution de 1917, le quatrième acte, à la reprise du ballet en 1919, sera abandonné. Il ne sera plus jamais redonné et le Ballet du Kirov présentera, par la suite - et jusqu’en 2001 – une version en trois actes, finissant sur la « Scène des Ombres ». Puis en 2002, à la suite de la reconstitution de la Belle au bois dormant selon l’original de Petipa en 1890, qu’il avait opérée en 1999, le danseur et chorégraphe, formé au Kirov/ Mariinksi, Serguï Vikharev, aidé de Pavel Guerchenzon (assistant de l’actuel directeur du Ballet du Mariinski) parvient à ressuciter le quatrième acte. Un travail d’archéologue ! Ils sont d’abord allés étudier à l’Université d’Harvard (Massachussets/USA) la notation chorégraphique de La Bayadère, transcrite en système Stepanov lors des représentations données à St Petersbourg en 1900 Puis en fouillant dans les archives musicales du Théâtre Mariinski, ils ont découvert la partition manuscrite de Minkus, qui dormait là, dans un triste état, la partition ayant été écrite en 1876/1877, n’ayant été ni copiée, ni éditée, avait souffert des coupes effectuées et des ajouts superposés, du temps même de Petipa.