Repousser les limites du possible


photo Rudolf Noureev

Mon admiration pour Rudolf Noureev l’accompagnait toujours, en toutes circonstances, quelle que soit la prestation qu’il ait livrée au public, je trouvais à chaque fois quelque chose à « prendre ».

Je pense à lui chaque jour, à la barre, en scène, je « rectifie la position », comme si son regard me suivait. Ses mots sont toujours présents à mon esprit, phénomène qui ne m’est arrivé qu’avec les plus grands des chorégraphes avec lesquels j’ai eu le privilège de travailler.

Très vite, Rudolf nous a manqué. Son empreinte est restée. Aujourd’hui, je ne peux ni ne veux me défaire de la rigueur que Rudolf nous a inculquée. Je mets un point d’honneur à conserver sa chorégraphie sans y changer ne serait-ce qu’une virgule. Un plaisir immense naît pour moi au sein de cette contrainte, celui de faire à son exemple, tous les pas, avec la même implication, la même boulimie. Manuel Legris


Le désir de «jusqu’au-boutisme» de Rudolf, appliqué à sa propre personne, jusqu’aux limites les plus dangereuses, valait aussi pour les danseurs qu’il faisait travailler. Patrice Bart

Il nous a appris à aller au bout de nos possibilités physiques, ce qui n’était pas et n’est toujours pas possible pour tous les corps comme pour toutes les têtes. Gouffre de vulnérabilité lui-même (ce qui le terrorisait), il n’admettait aucune faiblesse qui aurait ouvert une brèche dans l’armure. Son absolutisme ne supportait ni la médiocrité, ni la compromission. Exemple d’honnêteté artistique, il se donnait avec une disponibilité mentale et physique totale lors des répétitions. Sa docilité et son humilité envers les chorégraphes étaient émouvantes. Ghislaine Thesmar

Rudolf nous manque beaucoup et ne nous manque pas, puisque nous continuons à danser et à transmettre ses ballets. Il nous a appris que la scène est un lieu sacré, quel que soit le théâtre, que ce soit le plus prestigieux et le plus sophistiqué ou le plus humble et le plus rudimentaire. Il nous a appris à «être». Elisabeth Platel

La scène était pour Rudolf Noureev – devait donc être pour nous - une récompense qui se méritait, une prise de conscience de l’ultime danger. Nous avons été ainsi formés à l’école de la vie. Il m’a inculqué la concentration, l’exigence de vivre à cent pour cent, d’aller à l’essentiel. Laurent Hilaire