Souvenirs et interviews

  Sir John Tooley
 

L'INFLUENCE DE RUDOLF NOUREEV SUR LE BALLET EN OCCIDENT

1961 fut une année marquante et déterminante dans l’histoire de l’après guerre du Royal Opera House ainsi que de ses deux Compagnies, le Royal Opera et le Royal Ballet. Cette année vit l’arrivée de Georges Solti comme directeur de la Musique et fut celle du passage à l’Ouest de Rudolf Noureev. Plus tard dans cette même année, le gala de charité organisé par Margot Fonteyn, révéla Rudolf au public du Royal Ballet ; ce qui l’amènera a être invité à rejoindre celui-ci en artiste invité par Dame Ninette de Valois.

C’est ainsi qu’apparurent ces deux artistes charismatiques, aux fortes personnalités et à l’énergie sans limite, avides de succès non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour ceux avec lesquels ils travaillaient.
A son arrivée, Solti annonça au monde entier qu’il allait faire du Royal Opera la plus grande compagnie au monde, et je suis certain que Rudolf aurait partagé ce sentiment s’il s’était trouvé à la tête d’un Ballet à cette époque. Ils firent tous deux l’effet d’une météore tombant sur Covent Garden.

Avant que Rudolf ne prenne la décision de rester à Paris en juin 1961, quand le Kirov quitta Paris pour Londres, des rumeurs couraient déjà à Londres et un peu partout à propos des qualités de virtuose de Rudolf alors danseur à Leningrad. Lorsque la compagnie commença à se produire à Paris, juste avant Londres, la rumeur enfla, gagnant en crédibilité. Le public attendait avec impatience de voir cette révélation de la danse masculine dont on parlait tant, impatience qui ne fit que croître puisqu’il n’arriva pas avec la compagnie du Kirov.

J’étais à Heathrow le 16 juin, pour accueillir la compagnie.
On parlait d’un incident avec un danseur à l’aéroport du Bourget mais rien de plus et on ne savait pas de qui il s’agissait. Même lorsque la compagnie arriva, étant donné les pratiques de secret défense appliquées par le régime soviétique, personne n’était prêt à parler, sauf Constantin Sergeyev, le directeur arstistique et Natacha Doudinskaya, son épouse et ballerine, qui me dirent de n’écouter que leur version et que rapidement la vérité serait de toutes façons révélée. La compagnie était véritablement en état de choc émotionnel, certains pleuraient même. Rudolf n’avait pas eu le temps, ni l’occasion d’expliquer pourquoi il ne suivait pas la compagnie à Londres. En fait, Rudolf n’avait pas cru Sergeyev lorsqu’il lui avait annoncé pourquoi il devait retourner à Moscou. Il comprit au contraire que c’était là la fin de sa carrière de danseur, que ce soit au Kirov ou au Bolshoï, et que, au mieux, il retournerait danser à Oufa, sa ville d’origine, à moins qu’il ne choisisse la liberté. Ce moment était écrit.


LIRE LA SUITE DE L'ARTICLE AU FORMAT PDF