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Balanchine - Noureev- Forsythe : 3 maîtres, 3 chefs-d'oeuvre de la danse



Article paru dans les ECHOS - 14 avril 2008 "Brigitte Lefèvre, directrice du Ballet de l'Opéra de Paris, parle d'un « voyage dans l'histoire de la danse ». Pourquoi pas. On voit bien le lien entre « Les Quatre Tempéraments » de George Balanchine et « Artifact Suite » de William Forsythe, mais les extraits de Raymonda entre les deux semblent un peu hors sujet. En 1983, Rudolf Noureev, dans le sillage de Marius Petipa, donne sa version de « Raymonda », fresque aux accents lointains. Soit un déluge de difficultés acrobatiques mettant les danseurs à l'épreuve. Avec pour seul décor d'immenses lustres, ces grands pas et autres pas de quatre permettent surtout de prendre le pouls de la compagnie. Où il ressort que l'élégance racée de José Martinez en Jean de Brienne est un délice et que la jeune étoile Dorothée Gilbert n'a pas fini de nous surprendre. Ses variations d'Henriette firent mouche. La soirée s'ouvrait, après le rituel défilé, sur un Balanchine de 1948, les « Quatre Tempéraments », sur la musique de Paul Hindemith. Une danse abstraite et pourtant charnelle qui se nuance comme les humeurs de chacun. De la mélancolie à la colère, la chorégraphie alterne duo et ensemble. Beau travail sur une pointe, avec un tour, ou effet de bras, en vaguelette, une jambe pliée. On aime également cet homme entouré de six danseuses, effet géométrique à la modernité certaine. Wilfried Romoli entre en scène, tel un drôle de Pierrot, et entame un parade empreinte de séduction. On a du mal à penser que cette étoile va bientôt prendre sa retraite tant son plaisir d'être là est évident. Pour le reste, cette pièce déroule ses effets un rien datés. « Artifact Suite » est un peu son négatif : William Forsythe travaille à sa façon transversales ou diagonales, aligne la troupe avec un chef qui donne le « la », un clap des mains. On est tout de suite happé par la force vertigineuse de ces duos, hanche en dedans, bascule qui met la tête à l'envers, chevilles qui s'entrechoquent. Dans une première partie, le rideau ne cesse de s'abaisser, rythmant la danse ; dans la seconde, c'est le piano de Margot Kazimirska, jouant la partition d'Eva Crossman-Hecht, qui marque les tempi. Deux couples, Eleonora Abbagnato et Benjamin Pech, Laure Muret et Stéphane Phavorin, habitent à merveille ces mouvements d'une sensuelle précision. Le reste de la compagnie, une trentaine de membres, est au diapason. Le Ballet de l'Opéra de Paris repousse encore un peu plus ses limites. Chapeau. PHILIPPE NOISETTE



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