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MANFRED
(Acte 1, scène 2)
Lord Byron
Les
esprits que j'ai évoqués m'abandonnent,
Les charmes que j'ai conjurés se jouent de moi,
Le remède que j'avais rêvé m'a torturé ;
Je n'ai plus recours à des aides surhumaines ;
Elles sont sans pouvoir sur le passé, et quant à
L'avenir, tant que le passé n'est pas enseveli dans la nuit,
Ma quête ne s'en occupe pas. Ma mère la Terre !
Et toi, jour qui viens de poindre, et vous, montagnes,
Pourquoi votre beauté ? je ne puis vous aimer.
Et toi, œil lumineux de l'univers,
Qui t'ouvres sur tous et pour tous
Es une joie, tu ne brilles pas sur mon cœur.
Et vous rochers, dont le rebord extrême
Est mon appui, perché au-dessus du rebord du torrent,
Je regarde les grands piins devenus des brins d'herbe
Par l'loignement vertigineux ; quand un saut,
Un mouvement, un pas, un souffle même, jetterait
Ma poitrine sur le sein rocheux de son lit
Pour un repos éternel, pourquoi m'arrêter ?
Je sens l'élan mais je ne plonge pas ;
Je vois le danger, mais ne recule pas ;
Et mon esprit chancelle, mais mon pied est ferme :
Il est sur moi un pouvoir qui me retient
Et qui fait ma fatalité de vivre,
Si c'est une vie de porter en moi-même
Un esprit si stérile et d'être ainsi
Le tombeau de mon âme, car j'ai cessé
De me justifier à moi-même mes actes,
C'est la dernière infirmité du mal.
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MANFRED(Act
1, scene 2)
Lord Byron.
The
spirits I have raised abandon me,
The spells which I have studied baffle me,
The remedy I reck'd of tortured me;
I lean no more on superhuman aid,
It hath no power upon the past, and for
The future, till the past be gulf'd in darkness,
It is not of my search.-My mother Earth!
And thou fresh breaking Day, and you, ye Mountains,
Why are ye beautiful? I cannot love ye.
And thou, the bright eye of the universe,
That openest over all, and unto all
Art a delight-thou shin'st not on my heart.
I stand, and on the torrent's brink beneath
Behold the tall pines dwindled as to shrubs
In dizziness of distance; when a leap,
A stir, a motion, even a breath, would bring
My breast upon its rocky bosom's bed
To rest for ever-wherefore do I pause?
I feel the impulse-yet I do not plunge;
I see the peril-yet do not recede;
And my brain reels-and yet my foot is firm.
There is a power upon me which withholds,
And makes it my fatality to live;
If it be life to wear within myself
This barrenness of spirit, and to be
My own soul's sepulchre, for I have ceased
To justify my deeds unto myself-
The last infirmity of evil.
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